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Journée nationale de la Résistance

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Discours de M. François-Xavier PRIOLLAUD

Maire de Louviers
Lundi 27 mai 2019

***

Madame le Sénateur,
Monsieur le Conseiller départemental,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs représentant les Autorités civiles et militaires,
Madame et Messieurs les Présidents d’associations patriotiques,
Madame et Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames et Messieurs,

« Entre possible et impossible, deux lettres et un état d’esprit ». Ces mots sont de Charles de Gaulle et ils soulignent ce qui fait l’essence même de la Résistance, dont la force est de transcender tous les clivages. Le philosophe Alain a écrit, dans « Les propos d’un Normand », que la résistance et l’obéissance étaient les deux vertus du citoyen. Par l’obéissance il assure l’ordre, tandis que par la résistance, il assure la liberté.

Ce sont justement des hommes d’honneur, avant-tout épris de liberté, qui se sont réunis ce 27 mai 1943, il y a tout juste 76 ans, pour tenir la première réunion du Conseil national de la Résistance, le CNR, dans l'appartement de René Corbin, au premier étage du 48 rue du Four, au cœur de Paris occupé.

La Résistance a mobilisé des hommes et des femmes de tous âges, bien que souvent très jeunes. Elle a rassemblé toutes les sensibilités politiques, de gauche comme de droite ; toutes les sensibilités philosophiques et religieuses étaient représentées en son sein.

La résistance a revêtu quatre formes principales : 

  • La collecte de renseignements utiles aux alliés.
  • La lutte politique par la distribution de tracts ou de journaux clandestins,
  • L’assistance aux juifs, aux réfugiés, aux parachutistes alliés, grâce aux filières d’évasions,
  • et enfin la lutte par les armes, à base de guérillas, d’exécutions et de sabotages.

« Un seul combat pour une seule Patrie » : ce fut le mot d’ordre des Résistances à partir de la fin 1941, je dis bien des Résistances, car il y eut la Résistance extérieure et la Résistance intérieure ; elles furent complémentaires l’une avec l’autre.

La Résistance extérieure, ce fut l’appel du 18 juin, bien sûr, la formation de la France Libre, les Forces Française Libres ; ce fut aussi Koufra,  l’Erythrée,  Bir-Hakeim, El Alamein, le ralliement de nombre de territoires coloniaux,  la bataille aérienne dans le ciel de Londres, en Russie avec l’escadrille Normandie – Niémen et au-dessus de l’Afrique.
Ce furent également les sous-marins de l’Atlantique et de Mourmansk accompagnant les convois, et les Français de la B.B.C. « qui parlaient aux Français », sous le Blitz, ou encore les postes diplomatiques qu’il fallait tenir pour que la France gardât son rang et restât présente pour finalement se retrouver à la table des vainqueurs au lendemain de l’effondrement du Reich nazi.

Quant à la Résistance intérieure, ce furent les journaux clandestins imprimés dans les caves, les distributions dans les boîtes aux lettres au petit matin, les renseignements transmis à la France Libre ou à nos alliés par les opérateurs cachés avec leurs postes émetteurs, guettés par la Gestapo et ses voitures de radio goniométrie. La Résistance intérieure, c’était les sabotages, les trains qui sautent. Et en représailles, les arrestations et les otages fusillés.

Dans les grandes villes Normandes, à Rouen, à Caen, au Havre, à Cherbourg, à Alençon, à Argentan, à Vernon, à Evreux, à Vire, à Dieppe, etc., des équipes de sédentaires, reliées à des mouvements nationaux, apparurent assez vite et firent régner, par leurs attentats répétés contre les installations ennemies, un climat d'insécurité permanente qui handicapa la force occupante.

Plus précisément à Louviers, dès les années 1941-1942, coexistèrent plusieurs représentants de mouvements et réseaux de Résistance totalisant près de 350 membres à l’automne 1943.

Auguste Fromentin, imprimeur dans notre cité drapière, réalisa dans la clandestinité les premiers numéros du Patriote de l’Eure. Les principaux organisateurs, Francis Eonin, Odette et André Kuène, Georges Abaziou, Chevalier, Margat et Serpette, recrutaient des cadres locaux dans les communes voisines, comme Mlle Basterreix à La Haye-Malherbe ou l’instituteur Lobin et l’abbé Duclos à Acquigny, mais aussi des membres à Surville, à Quatremare, à la Vallée, à Pinterville.

Un « comité anti-déportation » s’est chargé d’organiser la propagande contre le STO et la prise en charge des réfractaires ; 1500 fausses cartes d’identité, fabriquées pour la plupart chez Odette et André Kuène furent délivrées et 300 requis placés.

Mesdames et Messieurs,

À Louviers, cette journée nationale de la Résistance dont nous avons souhaité avec Jean-Pierre Duvéré qu’elle donne lieu à une cérémonie commémorative, nous rappelle à la mémoire du Commissaire Michel Arabeyre qui faisait partie du réseau national « Résistance ». Arrêté une première fois en 1941 pour détention d’armes mais acquitté par le conseil de guerre allemand, il avait poursuivi ses activités jusqu’à son arrestation par la Gestapo le 25 janvier 1944. Envoyé dans le camp de Flöha, en Allemagne, il y est mort d’épuisement, le 2 avril 1945. Juste avant l’arrivée des Russes qui ont libéré le camp le 14 avril. Sa fille, alors âgée de 6 ans, reçut la Croix de guerre décernée à son père à titre posthume.
Et je pourrais aussi bien sûr vous parler d’Etienne Lafond- Masurel, grand Résistant Lovérien, qui nous a quittés il y a peu.

Mesdames et Messieurs,

J’ai commencé mon propos en faisant référence à De Gaulle et à ces deux lettres qui séparent l’impossible du possible et qui forgent cet état d’esprit de la Résistance.

Vous me permettrez de conclure ce discours toujours avec des lettres, mais cette fois-ci en poésie, une arme littéraire qui a montré toute sa puissance pour susciter l’engagement et promouvoir la liberté. Je voudrais vous lire cette œuvre de Robert Desnos, grand poète et grand résistant, écrite en 1943. Le poème s’intitule :  «  Ce cœur qui haïssait la guerre ».

Ce cœur qui haïssait la guerre voilà qu’il bat pour le combat et la bataille !
Ce cœur qui ne battait qu’au rythme des marées, à celui des saisons, à celui des heures du jour et de la nuit,
Voilà qu’il se gonfle et qu’il envoie dans les veines un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu’il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent,
Et qu’il n’est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne,
Comme le son d’une cloche appelant à l’émeute et au combat.
Écoutez, je l’entends qui me revient renvoyé par les échos.
Mais non, c’est le bruit d’autres cœurs, de millions d’autres cœurs battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces cœurs,
Leur bruit est celui de la mer à l’assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d’ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce cœur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Français se préparent dans l’ombre à la besogne que l’aube proche leur imposera.
Car ces cœurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté au rythme même des saisons et des marées,
du jour et de la nuit.

Mesdames et Messieurs,

Parce que nos cœurs haïssent la guerre, et comme l’a si bien dit Lucie Aubrac : « le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent ».

Vive la liberté ! Vive la République et Vive la France !